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Articles (bulletin de liaison)

Mercredi 7 mars 2007

Les Plantes carnivores

                                                                                                  Guy Chaumont

 


Pris séparément, les deux mots « Plante » et « carnivore » sont tout ce qu'il y a de plus banals. Pour beaucoup d'entre nous, le terme« carnivore » s'applique plutôt à des animaux sauvages qui ont disparu de notre environnement proche. Lorsque ces deux mots se trouvent accolés, on ne peut  rester indifférent.  Comment les plantes peuvent elles faire preuve d'un comportement animal ?  Une fois admis l'existence de telles diableries, l'imagination va bon train; les fantasmes collectifs alliés à de nombreux  et délirants récits « vécus » d'explorateurs du XIXème siècle, ont contribué à des légendes tenaces  telle celle de l?arbre « mangeur d'hommes de Madagascar » !...

Les plantes carnivores mériteraient plutôt le qualificatif d'insectivores. Leurs proies peuvent cependant être de petits crustacés, des arachnides, ou des mollusques. Une plante carnivore reste un végétal dépourvu de musculature ; n'entendons pas par là incapable de mouvement : En effet vous connaissez tous le Tournesol qui suit le mouvement du soleil toute la journée, ou la sensitive ( Mimosa pudica) qui referme très vite ses feuilles au moindre contact. Le mouvement n'est cependant pas indispensable à toutes les plantes carnivores, certains pièges passifs étant redoutables quant à l'efficacité.

La très grande majorité des plantes carnivores pousse en des milieux très pauvres en matières nutritives : le sol délavé des marécages ou bien les tourbières et les rochers humides le long des torrents de montagne. Tous ces milieux humides regorgent d'insectes en tous genres, il est donc naturel que certaines plantes parviennent à en profiter.

Il faut, d'abord attirer la proie. Bien des moyens sont mis en oeuvre : Couleurs vives, production de substances sucrées( Dionée) ou aspect humide de nombreuses gouttelettes (Drosera). On peut supposer d'autres stratagèmes tels la production de substances analogues aux phéromones, mais nous savons peu de choses sur la sensibilité des insectes.


Une fois la proie attirée, il est possible de la coller, ou même de l'aspirer dans une poche digestive ; tel certains Sarracenia qui   produisent une sécrétion sucrée  possédant des propriétés stupéfiante sur les insectes, qui « ivres », tomberaient dans l'urne de capture. Enfin, une fois capturé, l'insecte doit être digéré.

Plusieurs espèces laissent agir des bactéries  qui feront pourrir la proie ; les tissus se  décomposent, et l'absorption des parties molles de l'insecte s'effectuera seule. Mais les plantes carnivores ne peuvent pas sécréter de bactéries ; celles-ci sont donc  présentes et  vivent dans l'urne de ces  plantes (essentiellement exotiques).Ce sont elles qui permettent la libération des éléments nutritifs nécessaires à la plante. 

D'autres espèces secrètent de vraies enzymes assez semblables à nos liquides digestifs.

Une fois l'insecte digéré, la carapace restera au fond de l'une pour le Sarracenia, ou sera emportée par le vent, à moins que la feuille responsable de la capture ait été  déjà remplacée.

 Il y a peu d'espèces spontanées  de plantes carnivores en Europe. Nous en décrirons trois :

Une des plus connue est sans toute le Drosera (Drosera rotondifolia- droséracées). C'est une des plantes carnivores les plus représentées dans les tourbières de nos régions. De 2à 5cm de diamètre, elle se  présente comme une rosette de feuilles c couvertes de poils glanduleux ; Ses  hampes florales  ont de 12 à 20 cms de haut, et sont couvertes de petites fleurs blanches.

 

                                                                                                 

 


Une autre plante bien connue est la Dionée (Dionaea muscipula). Elle possède un piège spectaculaire par la mobilité de des lobes de ses feuilles. Nous ne connaissons pas l'ensemble des mécanismes biochimiques qui contrôlent la fermeture du piège. Elle se présente sous un aspect de feuilles disposées en rosette autour d'un axe central et vit sur un sol pauvre et acide (tourbe de sphaignes). Elle aussi appartient à la famille des Droséracées ; elle est sur la liste   nationale des plantes protégées

                        


     

 


Enfin, une plante commune en montagne : la Grassette (Pinguicula vulgaris) ; elle appartient à la famille des Lentibulariacées. C'est une plante vivace aux feuilles oblongues possédant des poils glanduleux qui servent de piège ; les fleurs sont petites, de couleur violacée et la plante peut atteindre 15à 18 cms de haut.

 

 

                                


                                                                          









Les recherches contemporaines ont mis en évidence les processus d'assimilation dont disposent certaine de ces plantes, confirmant les théories darwiniennes. Aujourd'hui la liste des plantes carnivores ne cesse de s'allonger.

BLIOGRAPHIE

                                   COURS DE BOTANIQUE Faculté de Pharmacie Paris (1998)

Par gng_stefoy
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Vendredi 14 septembre 2007

Le Cannabis

Quelques vérités…

                          Guy Chaumont

 

On a dit beaucoup de choses sur le Cannabis, et pas mal d’âneries… Je voudrais faire une petite mise au point sur ce que l’on en connaît réellement au point de vue pharmacologie. Cannabis est le nom scientifique d’une plante : le Chanvre. C’est une plante herbacée annuelle dioïque (les fleurs mâles et femelles sont sur des plants différents), qui appartient à la famille des Cannabinacées avec deux genres : Cannabis et Humulus, le houblon.

Les feuilles du Cannabis sont divisées en plusieurs lobes allongés et dentés.

Le Cannabis est très riche en composants tels que stérols, terpènes, ou alcaloïdes, ainsi que des cannabinoïdes : en particulier le tetrahydroCannabinol ou THC.

Ces cannabinoïdes sont des substances chimiques qui activent les récepteurs de cannabinoïdes  présents dans notre organisme (ces récepteurs ont été découverts en 1991).

Deux types de récepteurs sont actuellement connus : l’un CB1 se trouve dans certaines parties du cerveau et du cervelet ; l’autre CB2 se trouve dans la rate,  élément important du système immunitaire.  CB1 semble être responsable des effets euphoriques du Cannabis : CB2 serait  responsable de l’effet anti- inflammatoire du Cannabis, et probablement d’autres effets thérapeutiques.

Les cannabinoïdes végétaux ont été découverts dans les années 1940, mais la structure du THC n’a été déterminée qu’en 1964.

Notre organisme secrète des cannabinoïdes endogènes, qui ont toutes les caractéristiques des neurotransmetteurs.

(Un neurotransmetteur est une molécule libérée par un neurone lors d’une stimulation et se fixant à un récepteur sur un autre neurone, ce qui entraîne la transmission de l’influx nerveux).

Revenons à la botanique : Il y a trois espèces de Cannabis : Cannabis

sativa  Cannabis indica, Cannabis ruderalis

Le Chanvre commun est C .sativa ; on le trouve un peu partout, et bien qu’il soit assez riche en THC, ses fibres résistantes sont employées pour la fabrication de cordages ou de tissus

 

Cannabis indica

 

Il en est autrement de C.indica, qui estoriginaire de la région située entre l’Himalaya et l’Inde; il était utilisé par l’homme depuis des millénaires en Extrême Orient et au  Moyen Orient.

Introduit en Europe par les Soldats de Bonaparte, il fut employé dans le

traitement des migraines.  De nos jours il pousse encore à l’état sauvage en Inde, au Népal, et au Sri Lanka.

Le Cannabis se présente sous plusieurs formes :

- des fleurs ou des feuilles séchées, appelées marijuana.

- de la résine, lehaschisch, qui est un dérivé de la plante séchée,  aggloméré en blocs.

- de l’huile de Cannabis, concentré issu d’une extraction aux solvants.

Les effets recherchés apparaissent de quelques minutes à quelques heures selon le mode d’usage :

·        Euphorie, excitation 

·        Sensation de flottement 

·        Disparition de l’inhibition

·        Sens plus aiguisés

·        Sommeil

De nombreux effets secondaires peuvent se manifester, et aboutir à une altération de la mémoire ou à un trouble de la perception du temps.

 

Le Cannabis est employé en thérapeutique dans de nombreux pays : Belgique, Australie, Canada, Pays Bas, Grande Bretagne, Espagne et quelques Etats Américains. Ses propriétés thérapeutiques contre la douleur et les vomissements sont scientifiquement reconnues  Il ne soigne pas, mais permet de soulager les effets secondaires d’un traitement médical lourd (chimiothérapie anticancéreuse et traitement du SIDA).Par ailleurs, la matière médicale homéopathique emploie C.indica en teinture mère et en dilutions ; C’est un remède à action vasomotrice,  qui augmente la tension artérielle.La consommation de Cannabis n’est pas sans danger. L’usage répété entraîne une dépendance psychique plus ou moins forte selon les individus ; toutefois, les experts s’accordent à dire que la déperdition physique est minime ;mais il  est souvent révélateur de problèmes surtout chez les jeunes usagers.
 

 En Europe, trois millions de personnes consomment  chaque  jour du Cannabis. Or plus des deux tiers des consommateurs de   drogue conduisent après avoir fumé du Cannabis. Il a été démontré  clairement par des expériences les  effets délétères  de la drogue,   particulièrement en cas de consommation simultanée de Cannabis et d’alcool.

La conclusion, s’impose d’elle mème : la répression ne suffit pas à endiguer les dommages de cette drogue ; c’est par une éducation bien menée que peu à peu les jeunes se déshabitueront , d’autant qu’avant 1940, cette drogue était pratiquement  inutilisée, bien qu’inscrite déjà au tableau B des substances vénéneuses.

 

Au lieu de la diaboliser comme certains le font, Il ne serait pas inutile d’en revoir les propriétés thérapeutiques et le cas échéant de l’utiliser avec  lucidité et  prudence.  

 

 
Par Guy Chaumont
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Samedi 15 septembre 2007


                                                                           Anne Engelmann

 

Classification de l’acacia :

Famille des Fabacées

         Sous famille :  Mimosacées

                                 Genres :    Acacia

                                                  Albizzia

                                                   Mimosa

             Sous famille :   Caesalpinoidées

                                  Genres :   Arbre de judée

                                                  Caroubier

                                                  Chicot

             Sous famille :   Papilionacées

                                   Genres : Baguenaudier

                                                 Cytise

                                                  Robinier (pseudo acacia)

 

 

On ne doit pas confondre l’acacia avec le Robinia pseudo-acacia (le robinier) appelé à tort « acacia » qui fait partie de la sous-famille des Papilionacées.

 

On compte environ 1500 espèces d’acacias, à travers le monde, dont un millier présentes en Australie. On rencontre l’acacia dans des conditions écologiques très variées, aussi bien dans des zones très humides, que des zones extrêmement arides. Ils constituent souvent la nourriture quasi exclusive de nombre de mammifères herbivores, ou d’insectes phytophages.

Il arrive qu’une prolifération exceptionnelle de certains de ces herbivores, ou des conditions extrêmes provoque une consommation exagérée de ces acacias, dans des proportions qui pourraient mettre en danger la survie de l’espèce.

On observe alors toute la capacité de défense que ces arbres mettent en œuvre. On peut parler d’une véritable stratégie de défense, alliant armes chimiques, armes offensives, et communication afin d’éloigner leurs prédateurs.

Chaque arbre abrite une colonie de fourmis. L’arbre fournit aux fourmis abri et nourriture, celles-ci en contrepartie lui offrent un outil de défense mobilisé dès qu’il y a attaque trop virulente.  En Amérique, l’acacia sphaerocephala, vit en symbiose (1) avec une variété de fourmis, les Pseudomyrmex, totalement inféodées à leur arbre. L’acacia leur offre l’abri d’épines hypertrophiées et creuses et leurs fournissent des corpuscules nutritifs. Les fourmis, très agressives, patrouillent le long de l’arbre et le débarrassent des phytophages aussi bien d’autres insectes que des herbivores, détruisent les végétaux grimpants qui pourraient étouffer leur hôte, en mangeant leurs bourgeons.

Acacia  collinsii  
acacia-collinsii-1.jpg

Acacia sphaerocephala

acacia-sphaerocephala.jpg

 

L’Acacia collinsii dans le Palo Verde, (Costa Rica) a une relation mutualiste(2) avec trois espèces de fourmis, Pseudomyrmex spinicola, P. nigrocinctus et P. flavicornis, cependant chaque acacia n’abrite qu’une seule colonie d’une seule de ces espèces. La plus agressive des trois espèces est P. spinicola, qui est une fourmi rouge.

 

Dans les savanes africaines les mêmes relations mutualistes existent entre chaque individu et sa colonie de fourmis.Cette symbiose entre un acacia et sa colonie de fourmis n’est pas toujours, comme dans le cas d’acacia sphaerocephala  l’unique moyen de défense de l’arbre

 

 

On a observé dans des fermes d’élevage en Afrique du sud, ou l’acacia constituait l’unique alimentation des antilopes qu’une soudaine  forte mortalité apparaissait dans le troupeau, sans raison apparente, jusqu’à qu’on découvre qu’au-delà d’une certaine pression de broutage, les acacias commençaient à sécréter des toxines.

Ainsi en Afrique, lorsqu’un troupeau d’herbivores commence à ravager un bosquet d’acacias  parce que les graminées viennent à manquer, les arbres voisins se mettent à concentrer les tanins dans leurs feuilles, ce qui les rend impropres à la consommation.  Ils sont aussi capables de sécréter des substances cyanogènes en concentration dangereuse.

 

Albizzia julibrissin

On peut aussi parler d’une forme de communication entre les arbres, fondée sur des émanations chimiques (et pas sur la télépathie). On a ainsi pu observer des bosquets d’arbres attaqués par des antilopes kudu, qui se mettent non seulement à produire des substances toxiques, mais aussi à « prévenir » des bosquets voisins, en émettant un signal sous forme d’éthylène. Ce signal volatile entraîne chez les arbres voisins l’accumulation de tanins particulièrement astringents, qui éloignent les antilopes. Une sorte de langage chimique en somme…

Il y a ainsi une forme d’économie qui s’installe entre l’arbre, sa colonie de fourmis, et sa capacité à produire des toxines. L’équilibre entre ces différents moyens permet à l’arbre d’économiser son énergie.

acacia-julibrissin.jpg

Notes :

 

(1) Symbiose : association à bénéfice réciproque et obligatoire

(2) Mutualisme : coopération réciproque, mais facultative

Bibliographie :

Institut de France- Académie des Sciences – Conférence par Roland Douce

Wikipedia – article sur l’Acacia cornigera

Revue horticole suisse – Christian Jaquenoud



Par Anne Engelmann
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Lundi 10 décembre 2007

 

Cette année 2007, nous avons célébré le 300ème anniversaire de la naissance de Linné. Chacun de nous connaît l’importance de ce botaniste dont on peut dire qu’il est à l’origine de la classification systématique des plantes. Il m’a semblé mal connu et j’ai voulu me pencher sur sa biographie…

Linné était le fils d’un pasteur luthérien suédois. Une jeunesse pauvre, austère et studieuse. Il étudie néanmoins la médecine, donc la botanique, qui était à l’époque une branche importante de la médecine.

Etudiant brillant, il fut remarqué par la Société des Sciences d’Uppsala et envoyé  en Laponie, où il découvre une flore inconnue. Dès son retour, il part aux Pays Bas et y acquiert le titre de Docteur en médecine.

Le voici à Leyde, et en 1735 il publie un opuscule exposant ses idées relatives à la classification des végétaux (Systema naturae).

 

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Depuis le XVI ème siècle, les naturalistes avaient  amoncelé de façon empirique une masse d’informations. Il en résultait une pagaille énorme. Devant cet état des choses, Linné veut réorganiser ces connaissances  selon un ordre précis.

 

Déjà, à Montpellier, Pierre Magnol avait, dans son Prodromus, délimité des familles de plantes ayant un lien de parenté entre elles, introduisant le système moderne de classement des plantes par famille  (sans doute est ce pour lui rendre hommage que Linné a baptisé cet arbre aux fleurs magnifiques : MagnoliaLa notion d’espèce, élaborée à la fin du XVIIème siècle par le botaniste anglais Jhon Ray : « ensemble d’individus qui engendrent, en se reproduisant, d’autres individus semblables à eux-mèmes. », permit à Linné d’élaborer son système de classification.

 

Il s’agissait d’imposer un système descriptif rationnel et universel, valable aussi bien pour les végétaux que pour les animaux ou les minéraux.
Pour les végétaux, Linné prend pour critères de détermination, les caractères sexuels, mais en s’abritant derrière un langage poétique : il compare en effet le calice à un lit nuptial, la corolle à un rideau pudique, cachant les ébats des étamines et du pistil !... (Philosophia Botanica, 1751). Il note le nombre, la figure, la proportion et la position des étamines, et groupe les plantes en vingt-quatre classes, qu’il divise en ordres suivant l’analyse rigoureuse de la combinaison des étamines et du pistil. Il détermine le genre par la seule observation des étamines et dote chaque espèce d’un nom et d’un prénom, en latin, inventant ainsi un langage international de dénomination des plantes, le système binominal composé du nom du genre et du nom de l’espèce.

 

 

 

Grâce à ce système, tout végétal rencontré peut être identifié. La chasse aux spécimens se développe ;

Linné envoie ses élèves et ses collaborateurs aux quatre coins du monde, dans des régions inexplorées par les naturalistes. On assiste à une véritable fièvre de l’inventaire, et chaque expédition maritime emmène son botaniste et son dessinateur.

En dépit des résistances, la classification de Linné représenta un modèle pour des générations de botanistes ; En France, Buffon, son principal opposant finit par l’accepter.

Mais Linné, en luthérien fidèle à l’enseignement  Biblique, avait fondé sa classification  sur une certitude : la fixité des espèces « nous comptons aujourd’hui autant d’espèces qu’il en fut créé à l’origine ». Plus tard, la théorie de l’évolution s’imposera, la notion de fixité des espèces disparaitra mais le système de nomenclature restera toujours en usage.

BIBLIOGRAPHIE

Le Tricentenaire de Von Linné

Dr Ali Kiliç (Stockolm 2007)

 

Par gng_stefoy
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Lundi 10 décembre 2007

Continuons notre promenade botanique et gastronomique autour des plantes qui flattent notre  goût…

C’est en Europe que nous trouvons la moutarde « Brassica nigra », crucifère, et désormais « Brassicacée ».  Au fait pourquoi la moutarde ? Il m’est apparu intéressant d’étudier cette plante condimentaire, dont l’existence remonte à plus de 3000 ans. Elle set citée dans les évangiles sous le nom de sènevé. Son origine est le bassin méditerranéen, tout au moins pour Brassica nigra.  Employée d’abord par les Arabes comme plante médicinale, ce n’est qu’au XIIIème siècle que l’on reprit l’idée de triturer la graine pour obtenir une pâte piquante, qui prit le nom de « moût ardent » : moutarde…

INTERET BOTANIQUE

Il existe trois espèces botaniques de moutarde :

La moutarde blanche : « Brassica alba »,

 pousse à l’état sauvage dans les terrains incultes. Elle peut atteindre un mètre de haut ; c’est une plante à feuilles dentées, velues, pourvue de fleurs jaunes d’avril à juin et qui donne des fruits : les siliques, couverts de poils et contenant des graines gris clair, arrondies, à la saveur piquante , légèrement sucrée avec une pointe d’amertume. Ils s‘ouvrent à maturité.

La moutarde brune : « Brassica juncea »,

pousse en France. Ses feuilles, vert sombre s’ornent de fleurs jaune pâle  qui produisent des siliques restant fermés à maturité et dont les graines brunes  sont amères et piquantes.

La moutarde noire : « Brassica nigra », le sènevé des Evangiles, peut atteindre deux mètres ; ses feuilles sont pétiolées et les fleurs, d’un jaune éclatant sont groupées par grappes donnant des siliques à petites graines presque noires , à la saveur piquante et puissante.

CHIMIE DE LA PLANTE

Les graines de moutarde contiennent

des isothiocyanates,  composés complexes de carbone, d’azote et de soufre qui ont la structure suivante :

R--N=C=S, R étant un alkyle, c'est-à-dire une chaîne d’hydrocarbures saturés. Ces composés apparaissent lors de l’hydrolyse de glucosides présents dans la plante par  une enzyme (myrosinase),  qui rompt les liaisons chimiques ; elle est libérée lorsque l’on triture une crucifère crue, car la myrosinase est détruite par la chaleur.

Ce sont ces  isothiocyanates qui contribuent au goût et à la chaleur caractéristique de la moutarde.

Quant à l’utilisation de la moutarde comme condiment, si les Egyptiens prétendaient en avoir décelé les vertus

depuis la plus haute antiquité, il est absolument connu que les Romains en étaient grands amateurs et que l’Empire entier  en fit un accompagnement habituel de sa nourriture. Pline l’Ancien en étudia même les différentes espèces dans sa fameuse « HISTOIRE NATURELLE ».

Dès le Moyen Age, le célèbre cuisinier Taillevent publia une recette  de soupe à la moutarde !... 

Le métier de moutardier fut érigé en corporation le 28 Octobre 1394. En 1514, Louis XII érige en corps de métier les « Saulciers-vinaigriers-moutardiers », joints aux « distillateurs en eaux de vie et esprit de vin ».

  moutardier.jpg

 
Le commis moutardier parcourait les rues, roulant dans sa brouette le baquet de moutarde ; Celle ci  ne devait se faire qu’avec « 
bon vinaigre et sènevé franc ». 

TECHNIQUE DE FABRICATION

La graine minuscule de Brassica nigra

devient piquante lorsqu’elle passe par un processus chimique.

Les graines écrasées plongées dans un liquide (vinaigre, vin blanc, etc) fermentent ; la graine de moutarde renferme un glucoside, la sinisine qui une fois hydrolysée (voir plus haut) fait apparaître l’allylsénévol qui donne le piquant à la moutarde (signalons que l’allylsénévol a été employé comme gaz de combat pendant la guerre de 14-18).   L’agressivité  de cet élément s’estompe après une période de mûrissement (12 à 15 jours).

 Le liquide utilisé à l’origine pour effectuer cette fermentation est le vinaigre. En fait, la fabrication de la moutarde se résume en trois étapes :

       1- Broyage de la graine

  2- Malaxage avec le vinaigre

  3-Tamisage

 
Le malaxage homogénéise la pâte et élimine les molécules d’air qui oxydent la moutarde. Cette opération est réalisée sous vide. 

Après fabrication, la pâte est colorée en jaune d’or par addition de Curcuma,

plante des Indes dont le colorant, la curcumine , servait à colorer en jaune la robe des moines bouddhistes.

Avant le conditionnement final, en pots, verres ou dosettes, la moutarde repose dans des foudres.

La moutarde est fabriquée à Dijon depuis 1347, mais l’appellation  « moutarde de Dijon » n’est qu’une appellation générique  sans garantie d’origine…

 

De nos jours, la moutarde est fabriquée dans le monde entier, selon des formules variables en fonction des goûts locaux : moutardes fortes ou douces, très acidulées ou franchement sucrées, avec des grains apparents (moutarde à l’ancienne)

INTERET THERAPEUTIQUE

 L’usage médicinal de la moutarde est un peu désuet ; qui ne se souvient des cataplasmes à la farine de moutarde

dont l’efficacité redoutable était due à la présence du sènevol obtenue par l’action de l’humidité de la farine de lin sur les graines de moutarde…

Il existe encore des sinapismes, tout préparés : certains patients restent en effet attachés à l’action révulsive.

Il semble bien que les vétérinaires aient conservé l’emploi de la farine de moutarde dans leur pharmacopée.

Par ailleurs, de nombreux écrits ont vanté les qualités hygiéniques de la moutarde qui aide la digestion.

Par ailleurs, l’allylsènevol possède des propriétés antibactériennes très marquées sur certains germes

INTERET GASTRONOMIQUE

Nul ne peut mettre en doute que la moutarde est le condiment le plus

utilisé dans notre cuisine…

Il est d’usage de servir les viandes bouillies (Pot au feu), avec de la moutarde.  

 

Les charcuteries chaudes et froides sont exaltées par elle, comme aussi toutes les viandes froides. Personnellement j’utilise la moutarde avec les poissons gras : maquereaux, anguilles ainsi qu’avec les poissons d’eau douce comme la carpe.

CONCLUSION

A toutes les époques, la littérature et les traditions orales ont fait de fréquentes allusions à la moutarde….Et nos expressions familières  telle « la moutarde lui monte au nez » , indiquent que ces réminiscences, dans l’esprit de l’homme, à côté de  sujets plus graves donnent à la moutarde une place honorable…

BIBLIOGRAPHIE

Cours de Botanique, Faculté de Pharmacie (Paris-1995).

Cours de Matière médicale, Fac.de Phie (Paris-2005)

 

Par gng_stefoy
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