Les Plantes carnivores
Guy Chaumont
Pris séparément, les deux mots « Plante » et « carnivore » sont tout ce qu'il y a de plus banals. Pour beaucoup d'entre nous, le terme« carnivore » s'applique plutôt à des animaux sauvages qui ont disparu de notre environnement proche. Lorsque ces deux mots se trouvent accolés, on ne peut rester indifférent. Comment les plantes peuvent elles faire preuve d'un comportement animal ? Une fois admis l'existence de telles diableries, l'imagination va bon train; les fantasmes collectifs alliés à de nombreux et délirants récits « vécus » d'explorateurs du XIXème siècle, ont contribué à des légendes tenaces telle celle de l?arbre « mangeur d'hommes de Madagascar » !...
Les plantes carnivores mériteraient plutôt le qualificatif d'insectivores. Leurs proies peuvent cependant être de petits crustacés, des arachnides, ou des mollusques. Une plante carnivore reste un végétal dépourvu de musculature ; n'entendons pas par là incapable de mouvement : En effet vous connaissez tous le Tournesol qui suit le mouvement du soleil toute la journée, ou la sensitive ( Mimosa pudica) qui referme très vite ses feuilles au moindre contact. Le mouvement n'est cependant pas indispensable à toutes les plantes carnivores, certains pièges passifs étant redoutables quant à l'efficacité.
La très grande majorité des plantes carnivores pousse en des milieux très pauvres en matières nutritives : le sol délavé des marécages ou bien les tourbières et les rochers humides le long des torrents de montagne. Tous ces milieux humides regorgent d'insectes en tous genres, il est donc naturel que certaines plantes parviennent à en profiter.
Il faut, d'abord attirer la proie. Bien des moyens sont mis en oeuvre : Couleurs vives, production de substances sucrées( Dionée) ou aspect humide de nombreuses gouttelettes (Drosera). On peut supposer d'autres stratagèmes tels la production de substances analogues aux phéromones, mais nous savons peu de choses sur la sensibilité des insectes.
Une fois la proie attirée, il est possible de la coller, ou même de l'aspirer dans une poche digestive ; tel certains Sarracenia qui produisent une sécrétion sucrée possédant des propriétés stupéfiante sur les insectes, qui « ivres », tomberaient dans l'urne de capture. Enfin, une fois capturé, l'insecte doit être digéré.
Plusieurs espèces laissent agir des bactéries qui feront pourrir la proie ; les tissus se décomposent, et l'absorption des parties molles de l'insecte s'effectuera seule. Mais les plantes carnivores ne peuvent pas sécréter de bactéries ; celles-ci sont donc présentes et vivent dans l'urne de ces plantes (essentiellement exotiques).Ce sont elles qui permettent la libération des éléments nutritifs nécessaires à la plante.
D'autres espèces secrètent de vraies enzymes assez semblables à nos liquides digestifs.
Une fois l'insecte digéré, la carapace restera au fond de l'une pour le Sarracenia, ou sera emportée par le vent, à moins que la feuille responsable de la capture ait été déjà remplacée.
Il y a peu d'espèces spontanées de plantes carnivores en Europe. Nous en décrirons trois :
Une des plus connue est sans toute le Drosera (Drosera rotondifolia- droséracées). C'est une des plantes carnivores les plus représentées dans les tourbières de nos régions. De 2à 5cm de diamètre, elle se présente comme une rosette de feuilles c couvertes de poils glanduleux ; Ses hampes florales ont de 12 à 20 cms de haut, et sont couvertes de petites fleurs blanches.
Une autre plante bien connue est la Dionée (Dionaea muscipula). Elle possède un piège spectaculaire par la mobilité de des lobes de ses feuilles. Nous ne connaissons pas l'ensemble des mécanismes biochimiques qui contrôlent la fermeture du piège. Elle se présente sous un aspect de feuilles disposées en rosette autour d'un axe central et vit sur un sol pauvre et acide (tourbe de sphaignes). Elle aussi appartient à la famille des Droséracées ; elle est sur la liste nationale des plantes protégées
Enfin, une plante commune en montagne : la Grassette (Pinguicula vulgaris) ; elle appartient à la famille des Lentibulariacées. C'est une plante vivace aux feuilles oblongues possédant des poils glanduleux qui servent de piège ; les fleurs sont petites, de couleur violacée et la plante peut atteindre 15à 18 cms de haut.
Les recherches contemporaines ont mis en évidence les processus d'assimilation dont disposent certaine de ces plantes, confirmant les théories darwiniennes. Aujourd'hui la liste des plantes carnivores ne cesse de s'allonger.
BLIOGRAPHIE
COURS DE BOTANIQUE Faculté de Pharmacie Paris (1998)
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